« T’AS PAS D’HUMOUR ! » BIENVENUE AU CŒUR DES ARGUMENTS ANTI-FÉMINISTES.

Arguments anti-féministes, bonjour !

Un des grands kiffs de l’Homme qui partage ma vie, c’est de me prendre (aussi oui, mais ici il n’est pas question de ça ;-)) de me prendre, disais-je, en défaut au sujet de mon engagement féministe. Et plus précisément de vouloir absolument me prouver que nous vivons dans un monde dans lequel les hommes seraient aussi malmenés que les femmes. Je me mettrais donc le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate au sujet d’un hypothétique système patriarcal. 

Alors que clairement un doigt ça ne se met pas l’œil. Ni dans le nez. 

Il est loin d’être le seul à défendre cette position, c’est un discours que j’ai déjà entendu à maintes reprises de la bouche de certains hommes : ces derniers seraient donc, selon eux, aujourd’hui, en fait, aussi (voire plus…) malmenés que les femmes. Mais cerise on the cake : non pas par le système mais par les femmes elles-mêmes. Je l’entends aussi aussi de la bouche de certaines femmes, ce qui aurait tendance à achever le peu d’espoir qu’il me reste dans l’humanité.

Pour étayer ce discours, chacun a, dans son entourage, un contre-exemple, une histoire de mère qui met des bâtons dans les roues au père pour la garde des enfants, une autre qui aurait vidé le compte en banque du mari avant de partir, une troisième qui porterait la culotte dans le couple. Je ne nie pas l’existence de ces situations. Les pères à qui l’on refuse la garde des enfants sont légion mais ils sont alors les victimes du système patriarcal selon lequel les enfants seraient plus heureux avec une maman qu’avec un papa car celle-ci est forcément douce, attentionnée et dotée naturellement du fameux instinct maternel dont les pères seraient naturellement dépourvus (entre autres…)

Mais en énonçant ces cas particuliers, ces hommes se comportent t-ils en hommes raisonnables (au sens doué de raison de jugement) lorsqu’ils sous-entendent que l’égalité entre les femmes et les hommes serait désormais atteinte voire dépassée ? 

Parce qu’au cours de leur expérience personnelle ou celle de leur voisin, ils ont croisé des femmes manipulatrices, dominatrices ou malhonnêtes, ils en tirent des conclusions au niveau systémique, du type « non mais parce que moi, c’est ma femme qui décide de la couleur du papier peint et de la destination de nos prochaines vacances, c’est bien la preuve que l’égalité homme/femme est dépassée… » Euh… Est-ce parce j’achète régulièrement mes cornes de gazelle chez ce délicieux pâtissier marocain que je ne suis pas raciste et que je peux brandir sans sourciller cette relation comme preuve que le racisme est un sujet dépassé ?

La carte n’étant pas le territoire, ce discours est donc inconcevable (et tant mieux) concernant le racisme, mais il devient parfaitement énonçable lorsqu’il s’agit de sexisme et de domination des femmes.

J’ai quand même la sensation que les hommes qui tiennent ce genre de discours seraient bons clients du masculinisme. Le jour où les masculinistes se témoinjéhovahniserons en frappant aux portes pour faire du prosélytisme, j’espère qu’un certain nombre d’hommes de ma connaissance ne seront pas chez eux…

Il y a peu, je parlais des infirmières qui étaient harcelées pendant le premier confinement à cause de leur proximité avec la Covid-19. Je ne m’indignais pas du fait que ce soit des femmes qui soient harcelées mais du fait que ce soit du personnel soignant évidemment. D’un coup, un ami de sexe masculin, m’a arrêtée, pensant me prendre la main dans le pot de confiture, par un bruyant « aaaaaaaaaaaaah tu vois ! Tu dis infirmières alors qu’il y a des infirmiers aussi ! C’est sexiste ! » Stupéfaction. Ce n’est pas du tout le sujet. Mais oui, je dis « infirmières » parce que 80% des infirmiers sont des infirmières et qu’il faut en finir avec ce masculin qui l’emporte. Oui je dis « infirmières » car les centaines de témoignages que j’ai lu à ce sujet était le fait d’infirmières. Je ne dis pas qu’un infirmier, un médecin ou un ambulancier ne peux pas se faire harceler mais je pense quand même qu’une femme semble être une cible plus « facile » pour passer ses nerfs et ses angoisses. La langue française est incroyablement sexiste et misogyne et lui, il me reprend sur « infirmières ». J’ai fini par lui dire qu’effectivement parler des « infirmiers et infirmières » serait plus juste à la condition qu’il parle lui des « maires et mairesses », « d’hommes et de femmes médecin » , « des plombiers et des plombières »… Non, pas l’entremet mais bel et bien la femme plombier…

La conversation s’est terminée par un « non mais je rigolais ! » Ce qui a le don de m’agacer prodigieusement. Le mec lance un truc sans réfléchir sur un sujet qu’il n’a pas approfondi, à une femme concernée au premier chef par le-dit sujet sur lequel elle s’est penchée sérieusement et il pense raisonnablement pouvoir ébranler ses certitudes d’un claquement de doigt. Ce qui sous-entend soit qu’il se prend pour un putain de génie soit qu’il considère que mes convictions ne sont pas bien solides, soit les deux…

Mais à l’inverse si par malheur, malgré sa grande intelligence et sa supériorité, sa remarque s’avérait ne pas être pertinente, il se sort du bourbier en affirmant qu’« il rigolait », que « t’as pas d’humour », gnagnagni gnagnagna… Oui on connaît la chanson, merci. Par cœur. Refrain et couplets.

Dans n’importe quelle conversation si tu est obligé·e de préciser à ta·ton interlocuteurice que « tu rigolais » c’est que l’autre n’a pas du tout compris tes propos, sous entendant donc qu’il est au choix idiot ou manquant d’humour. Le « je rigolais » étant généralement servi avec une pointe d’agacement. Si on devait sous-titrer cette pointe d’agacement de l’homme dans la conversation que je viens d’évoquer, ça serait un truc du genre : « que c’est pénible que tu ne comprennes rien, je sens que tu vas rester sur tes positions alors que tout le monde sait que le mieux à faire serait de te rallier à mes convictions parce qu’il est évident que j’ai un point de vue sur le monde bien plus valable que le tien. » Mais il est plus court d’utiliser la pointe d’agacement pour se faire comprendre…

Néanmoins cette façon d’intervenir, qui m’a semblé parfaitement inopportune, a eu le mérite de clore la conversation puisque suite à cela plus personne n’avait envie de parler des infirmières. Ni des infirmiers. Ni de quoique ce soit d’autre d’ailleurs. Et c’est sans doute parce que je suis une féminazi qui casse l’ambiance en défendant son point de vue. Mais certainement pas parce qu’un mâle blanc, du haut de son privilège de mâle blanc, se permet de mépriser la lutte des femmes pour l’égalité. Lutte dont il n’était pas question à ce moment-là de la conversation. C’est vraiment pénible que je ne sois pas dotée du sens de l’humour. Vraiment.

D’ailleurs ça me joue des tours cet humour dont je suis amputée. La dernière fois, je me rends à une manifestation contre les violences faîtes aux femmes. Je ne lance aucun débat. Je ne me lance dans aucune explication au sujet de ce qui motive cette décision. J’informe juste l’Homme de mon programme d’une partie du week-end. Quand l’un de nous s’absente un long moment, nous nous prévenons mutuellement pour que l’autre puisse s’organiser. Rien de plus.

Exemple : il m’annonce que le week-end prochain il prévoit une sortie rando, ça me permet d’enchaîner immédiatement sur un « ça tombe bien, je dois aller faire une radio de la cheville samedi après-midi » avant qu’il n’ait le temps d’ajouter « ça serait cool que tu viennes ». Je n’aime pas la rando, je n’aime pas la rando. Et je ne vois pas pourquoi sous prétexte d’être en couple je devrais me coltiner une putain d’ascension épuisante alors que je peux aller sur internet voir à quoi ça ressemble ! Parce que je suis certaine que des centaines de randonneurs et randonneuses très fièr·es d’avoir soufflé comme des vaches pendant des heures ont posté une photo d’eux au sommet avec cette légende « on en a chié mais ça valait le coup ! ». Fin de la parenthèse.

Donc, là, j’informe : 

— Je vais à la manif contre les violences faîtes aux femmes. 

Sauf erreur de ma part, ce n’est pas une question. Je n’ai pas monté la voix à la fin de ma phrase. Je n’ai pas chantonné « vais-je ou ne vais-je pas à la manif contre les violences faîtes aux femmes ? » Ni « mais pourquoi irais-je à la manif contre les violences faîtes aux femmes ? » Ou encore « est-ce pertinent de participer à cette manifestation contre les violences faites aux femmes ? » Non. Cette information « je vais à la manif », n’est pas non plus suivie d’un « qu’est-ce que tu en penses ? », « est-ce que tu veux venir ? », « te sens-tu concerné par ce sujet ? » Ou « trouves-tu cette cause juste ? » Non. C’est un fait qui ne nécessite aucun commentaire. Quelle est donc la raison qui pousse l’Homme à m’asséner un : 

— Tu sais que les hommes aussi sont victimes de violences ?

J’ai envie de hurler. Seulement je ne peux pas. Non. Sinon je vais passer pour une hystérique (définition d’hystérique : femme qui ne s’excuse pas d’avoir une opinion), ce qui serait très mauvais pour défendre mon histoire. La colère étant noble lorsqu’elle est masculine mais vulgaire lorsqu’elle est féminine, je me dois donc d’être pédagogue. Voici donc notre conversation à trois (ce que je pense, ce que je dis et ce qu’il répond) :

Donc ce qu’il dit : tu sais que les hommes aussi sont victimes de violence ?

Ce que je pense : putain mais tu le fais exprès ? Tu vas la voir la violence faite aux hommes. Oui c’était ma main. Dans ta gueule, oui.  

Ce que je dis : oui mais là il est question des femmes, chéri. Est-ce que tu penses que l’on peut évoquer les problèmes rencontrés par les femmes sans ramener systématiquement les mecs au cœur d’un débat qui les concerne peu.

Ce qu’il dit : bah si ça les concerne, les hommes battus, il y en a…

Ce que je pense : putain mais sans déconner quand il y a une manifestation pour dénoncer les violences faites aux personnes racisées, tu vas aller dire au type d’origine maghrébine qui a subi des contrôles d’identité rien que huit fois au cours de la dernière semaine (dont sept en allant au taf), qui s’est vu refuser douze apparts et a entendu pas plus tard que ce matin « hey le bougnoule, rentre chez toi », tu vas aller lui asséner sur un ton condescendant : « oui enfin, les hommes blancs subissent des violences aussi, hein ? De quelles discriminations tu parles mon ami ? Je mange des cornes de gazelle donc je ne vois pas où est le problème… » Le jour où tu fais ça, je veux bien être là.

Mais Ce que je dis : tu sais mon amour, l’année dernière plus de 130 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint (ou ex-conjoint pour être précis), on ne fait pas un concours je suis d’accord, mais c’est arrivé à 25 hommes. C’est donc une violence qui concerne six fois plus de femmes que d’hommes.

Ce qu’il dit : la violence c’est pas masculin, c’est l’être humain qui est violent. Pourquoi pas juste une manif contre les violences ?

Ce que je pense : putain de ton père en short qui suce des ours en enfer ! Vas-y organise-la ta manif contre la violence dans le monde si ça te tient tant à cœur. Vas-y, je te regarde. 

Ce que je dis : parce que, vois-tu mon cœur, à mon humble avis, les violences faites aux femmes sont des violences mises en place et tolérées par un système patriarcal. Dans violences il y a violences conjugales bien sûr, mais aussi viol, harcèlement, plafond de verre, violences sociales, inégalités salariales…

Ce qu’il dit : ça va ! Pourquoi tu t’énerves ? De toute façon on ne peut pas parler de ces trucs-là avec toi.

Si, justement on était en train d’en parler, là, non ?

Et « ces trucs-là » comme tu dis, représentent des siècles de lutte.

Et pour finir si tu trouves que je m’énerve, dis-toi que tu n’entends pas ce que je pense. 

Ou peut-être que le problème n’est pas que le fait que je m’énerve… Va savoir ! Encore la faute à ce putain de sens de l’humour qui m’a abandonnée. Quelqu’un sait où je peux en trouver ?

Heureusement, l’Homme, comme un être magnifiquement magnanime qui, par amour, accepterait ma colère sans la comprendre, me prend dans ses bras et m’embrasse tendrement pour clore la conversation. C’est comme s’il me disait « je sais que je n’arriverai pas à te convaincre que tu fais fausse route mais je t’aime comme ça, toi et tes combats à côté de la plaque. »

J’aurais préféré qu’on s’engueule. J’aurais préféré qu’on s’insulte. J’aurais préféré aller dormir sur le canapé. J’aurais préféré qu’il claque la porte. J’aurais préféré retourner vivre chez ma mère. J’aurais préféré que les voisins crient par la fenêtre « c’est pas bientôt fini ce bordel ? » J’aurais préféré ne plus avoir aucune assiette en un seul morceau dans les placards. 

Mais non, il m’a pris dans ses bras pour apaiser mon courroux et m’a regardé tendrement, comme un parent serein regarde son ado mener la révolution dans la maison familiale en se disant qu’il grandit, que c’est un passage obligé et qu’avec beaucoup d’amour ça lui passera.

Il est convaincu que c’est amusant de me chatouiller un peu au sujet de mon engagement féministe comme si je pratiquais un hobby un peu ridicule dont il était admis que l’on pouvait se moquer en public. Comme si j’avais un secret un peu honteux mais attendrissant pour qui est amoureux de moi genre je dors encore avec le doudou de mon enfance.

J’aime à penser que l’Homme est tellement persuadé que tous les êtres humains sont nés libres et égaux en droit, qu’il lui est inconcevable d’imaginer que le système puisse tolérer des comportements sexistes et discriminatoire envers les femmes. Oui laissez-moi le penser, merci. Au minimum, disons que l’Homme est malgré tout un féministe qui s’ignore. Pas un parfait féministe mais je ne suis pas une parfaite féministe non plus, ni une parfaite « non-raciste », ni une parfaite  « non-homophobe ». Un féministe non-violent qui ne lèverait la main sur personne. Ce qui est d’ailleurs un peu dommage, quand on y pense, dans l’hypothèse où on aimerait bien se faire fesser !! Mais dis-moi, ça ne serait pas de l’humour ça ? Incroyable ! J’ai fini par en trouver !

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